Vous passez sans doute tous les jours devant des œuvres d’art incroyables sans même vous en rendre compte. Dans les villes de l’ancienne Union soviétique, d’immenses fresques en mosaïque recouvrent les façades des bâtiments, les stations de métro et les places publiques ; certaines s’étendent sur plusieurs étages et sont composées de milliers et de milliers de carreaux minutieusement posés. Il ne s’agit pas simplement de décorations. Ce sont des œuvres d’art monumentales qui résistent depuis des décennies au temps, aux aléas politiques et aux changements de société.
Mais voilà le problème : ils sont en train de disparaître.
À mesure que les anciens bâtiments de l'ère soviétique sont démolis pour laisser place à des projets immobiliers modernes, ces mosaïques sont détruites ou recouvertes de peinture. Il s'agit là d'œuvres qui ont demandé aux artistes des mois, voire des années, de travail, et qui disparaissent en l'espace d'un après-midi de travaux. Une mosaïque qui a survécu aux guerres, aux changements de régime et à des décennies d'intempéries peut être réduite en gravats en quelques heures simplement parce qu'un promoteur immobilier souhaite repartir de zéro.
Cette perte n’est pas seulement esthétique, elle est aussi culturelle. Chaque mosaïque raconte l’histoire de la communauté à laquelle elle était destinée, de l’époque à laquelle elle a été créée et des mains qui l’ont façonnée. Lorsque nous perdons ces œuvres, nous perdons des morceaux de mémoire collective, des fragments d’histoire qui ne pourront jamais être recréés.
C’est pourquoi nous mettons tout en œuvre pour répertorier chacune d’entre elles que nous parvenons à trouver. Nos archives contiennent désormais des centaines de ces mosaïques, soigneusement cataloguées avec leur emplacement, leur contexte historique et toutes les informations que nous parvenons à recueillir sur leurs créateurs. Nous les classons par région, par décennie et par thème, créant ainsi un recueil exhaustif qui garantit que, même si l’œuvre d’art physique venait à disparaître, la connaissance de son existence et de son importance perdurerait.
Les artistes qui ont créé ces œuvres provenaient de tous les horizons. Certains étaient des maîtres célèbres dont les noms sont connus dans le monde entier de l’art. Beaucoup d’autres ont travaillé dans l’anonymat, leurs contributions n’étant pas consignées dans les documents officiels, leur talent artistique n’étant pas reconnu par les régimes qu’ils servaient. Ils ont créé de la beauté dans des circonstances difficiles — parfois avec des matériaux limités, souvent sous la pression politique, mais toujours avec un talent et un dévouement remarquables.
Chaque mosaïque que nous répertorions est une victoire contre le temps. Chaque photographie que nous prenons, chaque détail que nous consignons, chaque histoire que nous mettons au jour enrichit notre compréhension de cette forme d’art extraordinaire et des personnes qui la pratiquaient. Nous ne nous contentons pas de préserver l’art : nous préservons l’esprit artistique et la richesse historique de communautés réparties sur de vastes régions.
Mais nous ne pouvons pas y parvenir seuls. Ces mosaïques se trouvent dans des villes, des villages et des zones rurales répartis dans plusieurs pays. On les trouve dans des stations de métro grouillant de voyageurs, sur les murs de centres communautaires abandonnés, ou encore ornant des écoles, des hôpitaux et des clubs d’ouvriers. Certaines sont des monuments locaux bien connus. D’autres sont cachées dans des endroits que seuls les habitants connaissent.
Si vous connaissez une mosaïque datant de l'époque soviétique dans votre région — qu'il s'agisse d'un monument public imposant ou d'une modeste décoration de chapelle —, n'hésitez pas à nous en faire part. Envoyez-nous des photos, les lieux, ainsi que toutes les informations dont vous disposez concernant sa date de création ou son auteur. Même si vous pensez que nous en avons peut-être déjà connaissance, n’hésitez pas à nous en faire part. Des photos supplémentaires prises sous différents angles, sous différents éclairages, à différentes périodes de l’année : tout cela enrichit nos archives et notre compréhension.
Aidez-nous à préserver ces histoires avant qu’elles ne soient perdues à jamais. Car une fois qu’un bâtiment est démoli, une fois que cette mosaïque est détruite, c’est fini. Aucune documentation, aussi complète soit-elle, ne peut véritablement remplacer l’expérience de voir ces œuvres de ses propres yeux, mais nous pouvons au moins faire en sorte que les générations futures sachent qu’elles ont existé, comprennent leur importance et apprécient le talent artistique qui a présidé à leur création.
Le temps presse. Les bulldozers arrivent. Mais ensemble, nous pouvons faire en sorte que ces magnifiques œuvres ne tombent pas dans l'oubli.